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Pourquoi les jeunes démissionnent-ils?

Pourquoi les jeunes démissionnent-ils?

Dans les recherches menées pour comprendre ce phénomène et chez les intervenants scolaires qui travaillent avec les jeunes décrocheurs, on est d’accord pour affirmer qu’il y a plusieurs causes à l’abandon scolaire et que chaque décrocheur a sa propre histoire. Néanmoins, à partir de ces recherches, on peut tout de même dégager les causes les plus fréquentes de l’abandon et, en premier lieu, le retard scolaire.

D’après les données du ministère de l’Éducation du Québec, près de 80 % des décrocheurs ont un retard scolaire au moment de leur abandon. Ce retard consiste très souvent en une année scolaire. De plus, précisons-le, dans la moitié des cas ce retard origine du cours primaire. On devine tout de suite qu’il n’est pas facile de commencer le secondaire à 13 ou 14 ans. Cela prédispose les jeunes à vivre d’autres échecs qui les amènent graduellement à abandonner leurs études. L’abandon des études au secondaire et souvent l’aboutissement d’une longue histoire d’échecs.

Les facteurs sociaux et familiaux

Il est normal qu’un enfant adhère en premier lieu aux valeurs véhiculées par sa famille et par son milieu social immédiat. Il existe parfois un manque de continuité et même des divergences profondes entre les valeurs familiales et celle que l’école veut transmettre. Par exemple, certaines familles accordent peu d’importance aux activités intellectuelles et privilégient plutôt les habilités manuelles et les activités sportives. Il est difficile, pour ces familles, de transmettre à l’enfant le goût de l’étude et de l’inciter à apprendre des matières abstraites.

Il y a un lien entre situation familiale et décrochage. Ainsi, l’abandon est plus élevé chez les jeunes qui vivent dans des milieux défavorisés sur le plan familial est sur le plan économique en général.

J’ai connu des jeunes qui n’étaient pas motivés à terminer leurs études secondaires parce qu’ils vivaient en présence de modèles qui démontraient que la réussite scolaire n’était pas nécessaire pour se débrouiller dans la vie. Je me souviens notamment de Patrick qui, à 14 ans, voulait abandonner ses études pour travailler avec son père, un riche entrepreneur qui n’avait pas terminé son cours primaire.

La motivation scolaire et parfois compromise chez les jeunes dont les parents ont eux-même connu des difficultés d’apprentissage ou qui n’ont pas liquidé leurs griefs à l’endroit de l’école. Les enfants sont facilement influencés par les opinions et les attitudes de leurs parents, même inconscientes, notamment durant les périodes de devoirs et de leçons qui deviennent souvent conflictuelles dans ces circonstances.

Au secondaire, il y a de nombreux jeunes qui sont laissés à eux-mêmes. Les parents cessent brusquement de soutenir leurs enfants dans ses apprentissages car il pense ainsi favoriser son autonomie. D’autres parents se sentent dépassés par les exigences du cours secondaire. D’autres encore se sentent soulagés de ne plus devoir d’assumer ce soutien éducatif. Dans certains cas, les parents ont décroché de cette tâche avant que les jeunes ne décrochent de l’école.

Certains élèves mentionnent qu’ils ne se sentent pas à leur place dans le milieu scolaire à cause des grandes différences culturelles et éducatives entre l’école, la famille et leur groupe social. J’ai connu de ces jeunes qui vivaient en parfaite harmonie avec les valeurs de la famille et de leur réseau social, mais il ne s’adaptaient pas à celles de l’école.

L’école et les enseignants

Selon une enquête sur les causes de l’abandon scolaire, les enseignants attribuent au système scolaire lui-même une large part de la responsabilité dans ce domaine: force est de constater que, selon ces enseignants, la majorité des causes du décrochage prennent naissance dans le système scolaire lui-même. Ils estiment que l’école est conçue et organisée par des administrateurs et pour des administrateurs qui cherchent à atteindre un seul objectif: une gestion facile de l’établissement. À cette critique qui origine des enseignants, il faut ajouter les principales causes dont les jeunes eux-mêmes font état.

Ceux-ci mentionnent souvent que les écoles secondaires sont déshumanisantes tant par leur taille que par l’organisation du régime pédagogique. Plusieurs adolescents vivent dans l’anonymat et ne peuvent développer de sentiment d’appartenance à un groupe stable. On sait que ce sentiment correspond à un besoin essentiel chez les jeunes. Or, les groupes se forment et se déforment au gré des horaires et des options et, dans ce contexte, il est difficile de tisser des relations continues avec des camarades.

La qualité de l’apprentissage est souvent déterminée par la qualité de la relation avec l’enseignant. Au secondaire, le jeune ne peut profiter d’un nombre suffisant d’heures avec chaque enseignant pour construire une relation fondée sur la connivence et l’affection. Il lui est difficile de s’identifier à un adulte ou d’en prendre un comme modèle. C’est pourtant un besoin essentiel pour les adolescents, même s’ils contestent les figures d’autorité.

Depuis quelques années, la tâche des enseignants s’est alourdie, les programmes ont été enrichis, les seuils de rendement ont été élevés. Les enseignants sont souvent stressés à l’idée d’avoir à couvrir tout le programme. Cette situation les amène parfois à ne pas être suffisamment à l’écoute des élèves, particulièrement de ceux qui éprouvent des difficultés d’apprentissage. Plusieurs jeunes reprochent aux enseignants de ne pas varier leurs explications, de ne pas tenter de rendre l’enseignement plus attrayant et de ne pas être plus disponibles. Les élèves souhaitent que les enseignants soient plus respectueux à leur égard, plus souriants, dynamiques et enclins à rire.

De nombreux adolescents se découvrent des intérêts et des aptitudes pour des tâches manuelles ou techniques. Malheureusement, ces habiletés sont peu valorisées dans le cours secondaire régulier. Ces élèves se sentent incompris et dévalorisés à l’école. De plus, ils sont obligés de suivre des cours qui leur semblent peu utiles par rapport à leurs ambitions.

Chez certains, la décision d’abandonner les études est une manifestation de la crise de l’adolescence qu’ils vivent intensément. Ils contestent l’école et la famille. Les ressources professionnelles (psychologue, psychoéducateur, conseiller en orientation) qui pourraient les aider à résoudre leurs conflits sont insuffisantes ou font carrément défaut.

Par ailleurs, les exigences scolaires plus grandes pénalisent directement les jeunes en difficultés d’apprentissage. On a procédé également à des coupures budgétaires, les privant de bonnes ressources complémentaires pour leur réussite scolaire. De plus, dans un contexte de valorisation de l’excellence et de culte de l’élitisme, les jeunes en difficultés d’apprentissage ou peu motivés ne trouvent pas leur place.

Ainsi, le retard scolaire engendré par les difficultés d’apprentissage et la démotivation, le manque de soutien de l’élève tant sur le plan familial qu’à l’école, ainsi que certains aspects du système d’enseignement au secondaire m’apparaissent comme les causes principales de l’abandon scolaire.

Les conséquences de l’abandon scolaire

On prend de plus en plus conscience des nombreuses conséquences négatives qui découlent de l’abandon scolaire.

  • La majorité des décrocheurs vivent leur abandon scolaire comme un échec personnel. Cette blessure à leur amour propre, il cherche parfois à la nier ou à la camoufler. Leurs espoirs en la vie sont souvent limités.
  • Des études démontrent que le pourcentage de délinquance est plus élevé chez les décrocheurs et que ces derniers consomment plus de drogues. Les suicides sont aussi plus fréquents.
  • L’augmentation du taux d’abandon scolaire fragilise le sentiment de compétence des enseignants. Depuis quelques années, c’est avec tristesse que je constate chez eux une forme de dépression collective. Il y a lieu de se demander si certains d’entre eux n’ont pas « décroché » de leur vocation ou si l’enseignement n’est pas devenu un « boulevard des espoirs déçus ».
  • Pour la société en général, l’abandon scolaire entraîne une diminution de la productivité. Des études démontrent que le manque d’emploi chez les jeunes de 15 à 20 ans (conséquence d’une « sous-scolarisation ») les conduit à l’inactivité et à l’aide sociale. Chose certaine, le taux de chômage chez les jeunes qui ont terminé le cours secondaire est bien inférieur à celui qui existe chez les adolescents qui ont abandonné.
  • La majorité des jeunes décrocheurs doivent se contenter d’emplois subalternes qui sont souvent précaires et mal payés.

Lire la suite >> Des attitudes et des moyens pour prévenir l’abandon scolaire

Germain Duclos
Psychoéducateur et orthopédagogue
Auteur aux Éditions CHU Sainte-Justine
Source : Guider mon enfant dans sa vie scolaire

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