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Lettre à ma fille sur la persévérance scolaire

Lettre à ma fille sur la persévérance scolaire

Il neige dehors. Ma petite Rose mange sa collation, assise à la table. Elle me raconte sa journée. Elle est heureuse; aujourd’hui elle a construit un fort dans la cour de l’école, elle avait son cours d’éducation physique et elle a obtenu 76% dans son examen de numération. Je la regarde avec tendresse. Elle est encore si petite, mais déjà elle est consciente de ce qui est considéré comme une réussite et un échec. Je n’ai pas encore communiqué à Camille mes aspirations pour elle; un travail stimulant bien entendu; peut-être la médecine, comme moi. Pour l’instant, il lui reste cinq années au primaire. Je ne suis pas inquiète, Rose réalisera ses rêves.

Il neige dehors. Ma petite Rose vient d’arriver de l’école. Elle est allée directement dans sa chambre. J’ai bien tenté de lui proposer un fruit pour patienter avec le souper, mais je n’ai obtenu qu’un signe de négation, un regard furtif et puis, elle a fermé sa porte. Je ne sais pas comment va ma grande fille depuis quelque temps. Est-elle heureuse? Je n’en sais rien. Il y a peu d’échange entre nous. Rose a sans doute perçu notre déception, à son père et moi, devant ses résultats qui dégringolent depuis la fin de son secondaire 3. On se sent impuissant devant son échec. On ne sait pas comment l’aider à mieux se préparer pour ses examens. Par ou commencer quand notre fille ne semble pas comprendre l’importance qu’a l’école pour son avenir. Ce n’est pas évident d’aller chercher les ressources pour aider notre fille. Les enseignants? La direction? L’opinion des amis, de la famille? Par où commencer? Réagissons-nous trop fortement? À l’école, ses enseignants sont surpris par son changement de comportement. Rose semble triste, elle parle peu; éteinte. Pourtant, nous habitons toujours la même maison, le souper est sur la table chaque soir, nous souhaitons créer un moment pour amorcer un dialogue avec notre fille. Le moment tarde à se concrétiser. Rose ne répond pas à nos questions. Elle reste évasive. Regarde son cellulaire. Ses amis ne viennent plus à la maison; Jeanne, Violette, Margot ne semblent plus graviter dans l’environnement de notre adolescente tourmentée.

Il pleut dehors. Rose revient de l’université. C’était son premier cours aujourd’hui. Elle s’installe près de moi et m’aide à couper les légumes pour le souper. Elle est resplendissante. Je la sens bien. Elle est fière. Elle me décrit les grandes lignes de ses cours. Je suis fière. Violette s’en vient manger pour souper. Elle aussi a repris les cours. Elle est en dernière année pour compléter sa technique en soins infirmiers. Ce soir, elle a des questions à poser à Rose concernant l’université. Elle prévoit poursuivre ses études d’infirmière à l’Université de Montréal. Elles ont un projet de voyage pour l’été prochain : le Pérou.

Il fait soleil dehors. Il fait beau dans mon cœur. Je pense aux dernières années qui viennent de passer en coup de vent. Ça n’a pas été facile avec Rose. On a dû insister pour créer une relation. On a essuyé des refus. On a écouté ses colères, reçues, comme un coup de poing, ses insultes, sa frustration. Je suis allée plusieurs fois rencontrer les enseignants de Rose. Elle était parfois présente, d’autres fois je préférais y aller seule. J’ai pleuré avec elle, seule aussi dans mon lit. On l’a encouragée. Ses enseignants aussi. On lui a offert des cours particuliers en mathématique et en français. Puis on l’a encore encouragé. Parfois par des paroles, d’autres fois par des petits mots glissés sous sa porte lorsqu’elle dormait, d’autres fois je l’ai simplement serré dans mes bras. Et puis, il y a eu les séances chez une psychologue qui ont supporté Rose au niveau de son anxiété qui s’était développée. Nous avons payé les thérapies; nous nous sommes serrés la ceinture un moment. Il y a eu nos moments de thérapies maman-fille, au travers des après-midis de magasinage où on se livrait tranquillement l’une à l’autre, et puis on s’est organisée une fin de semaine à New York pour célébrer la fin de son secondaire. Des projets d’avenir. Des objectifs à atteindre dans un avenir proche. On s’est concentré là-dessus. Il a fallu du temps, il a fallu de la persévérance, il a fallu garder confiance et puis il a fallu accepter l’aide des autres.

Il fait beau dehors. Ma fille me regarde droit dans les yeux. Elle est resplendissante. 24 ans. Je la regarde via l’objectif de mon appareil photo. Rose tient fièrement son diplôme aux côtés du doyen de sa faculté. Elle fera une bonne physiothérapeute. Elle a travaillé fort. Elle a accepté l’aide des autres. Elle s’est découvert des forces et des aptitudes qu’elle a voulu développer pour pouvoir, à son tour, aider les autres. J’ai atteint ma mission de maman; ma fille a atteint un premier rêve. Elle en aura d’autres, je le sais bien. Elle sait maintenant qu’elle peut les atteindre. Elle sait qu’il y aura peut-être des embûches. Elle sait surtout qu’elle pourra aller chercher de l’aide. Elle sait aussi que je serai là. Je l’accompagnerai de la même façon. Cela demandera de la persévérance. Rose sait ce que cela veut dire maintenant.

En attendant d’atteindre d’autres rêves, je savoure ce précieux moment. Je t’aime Rose et je suis si fière de toi. Maman xx

Julie Ménard
Enseignante
Source : Serespro

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