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Je suis le plus pas bon de la classe!

Je suis le plus pas bon de la classe!

Triste constatation pour un enfant de neuf ans, me direz-­vous. Depuis qu’il fréquente l’école, Louis-­Philippe a de sérieuses difficultés d’apprentissage. Pourtant, c’est un enfant tout ce qu’il y a de plus normal. D’intelligence moyenne, il entre facilement en relation avec les gens; il est aussi très doué pour les sports.

J’ai connu des centaines de jeunes « brulés » par les échecs, dévalorisés, parfois même désespérés. La majorité d’entre eux proviennent de « bonnes » familles, ne présentent pas de problèmes psychologiques particuliers et ont fréquenté les mêmes écoles que la majorité des enfants.

Quelques exemples

Avant d’aborder les causes des troubles d’apprentissage, il convient de donner quelques exemples.

Lorsqu’il lit, l’enfant confond les b et les d, les n et les u, etc. Il s’agit là d’inversions simples. Le jeune peut aussi inverser l’ordre des lettres : il lit cra au lieu de car, lion au lieu de loin, etc. Il peut aussi commettre des fautes d’anticipation ou d’omission : il transforme cheval en cheveu, arme en armoire. Autrement dit, l’enfant comprend difficilement le sens de ce qu’il lit.

Sur le plan de l’écriture, la situation n’est guère meilleure. L’enfant fait encore des fautes et n’applique pas les règles d’orthographe. En mathématique, il ne comprend pas les opérations et n’arrive pas à résoudre les problèmes écrits, etc.

Qu’est-­ce qu’un trouble d’apprentissage scolaire?

Par trouble d’apprentissage scolaire, on entend un blocage persistant, dans une ou plusieurs matières scolaires, chez un individu d’intelligence normale ou supérieure qui ne souffre d’aucun handicap anatomique ou sensoriel.

En somme, le jeune atteint d’un trouble d’apprentissage scolaire est suffisamment intelligent pour faire des études normales, voire avancées, mais il a un blocage face à l’apprentissage de notions de base. Les enfants et adolescents que je rencontrais en clinique comprennent bien le phénomène lorsque j’utilisais l’exemple suivant : « Ton intelligence, c’est un peu comme les muscles de ton bras. Tes muscles peuvent être aussi forts, peut-être même plus forts que ceux de tes compagnons, mais quelque chose les empêche de fonctionner comme ils le devraient; une douleur, par exemple. »

Presque tous ces jeunes ne présentent pas de lésions neuropsychologiques. Leurs difficultés sont de nature fonctionnelle, c’est-à-dire d’ordre neurologique, perceptuel, cognitif ou affectif. D’après la plupart des études sur les problèmes scolaires, de 4 à 7 pour cent des jeunes souffrent d’un trouble d’apprentissage spécifique.

Les causes

Il est impossible de donner ici une description détaillée du phénomène. Mentionnons toutefois qu’il y a des causes externes (absentéisme, déménagements, changements d’enseignants ou de méthodes didactiques, par exemple) et internes, ou reliées au développement du jeune (développement neuromoteur, perceptif ou cognitif, ou maturité affective, par exemple). Le facteur affectif est le plus constant; il a une influence directe sur les difficultés d’apprentissage scolaire.

Le trouble affectif peut être primaire (à la base du trouble d’apprentissage) ou secondaire (consécutif au trouble d’apprentissage, aux échecs). Même si un jeune n’a pas de problème psychologique particulier, il se décourage à force de vivre des échecs, et en vient à se dévaloriser. D’autres échecs s’ensuivent, car devant toute nouvelle tâche scolaire, l’enfant se sent vaincu d’avance.

En général, les enfants et les adolescents atteints de troubles d’apprentissage souffrent beaucoup. En effet, la société nord-­américaine valorise la performance, l’élitisme. De plus, les parents ont souvent de grandes ambitions pour leurs enfants. Malheureusement, les jeunes qui ont de tels problèmes ne peuvent répondre à ces attentes : ils se sentent piégés, coincés.

Des centaines de fois, j’ai dû dire à des parents que leur enfant n’était ni paresseux ni réfractaire aux études, mais qu’il était victime d’un blocage dont il fallait découvrir les causes. Pour aider un jeune qui a de la difficulté à apprendre à lire, il faut d’abord pouvoir lire ce jeune.

Que peut-on faire lorsqu’un enfant a un trouble d’apprentissage scolaire?

  • Si le jeune semble avoir un blocage persistant face à la lecture, à l’écriture ou aux mathématiques, il est très important de ne pas dramatiser. En effet, il peut s’agir d’un simple retard pédagogique; pour diverses raisons, l’enfant n’a pas encore assimilé ou ne maîtrise pas encore quelques notions. Quelques séances de rattrapage suffiront à combler ce retard.
  • Si l’enfant présente un réel blocage, c’est-­à-dire s’il répète systématiquement le même type d’erreurs ou s’il bute régulièrement sur les mêmes notions. Il ne faut pas tarder à entrer en contact avec son enseignant. Le titulaire est généralement le mieux placé pour juger de la gravité du problème. Il est important de s’entendre avec lui sur les premières mesures correctives à prendre. L’enseignant peut suggérer certains exercices de stimulation ou de correction à faire à la maison. N’hésitez pas à collaborer avec lui.
  • La majorité des commissions scolaires ont une politique d’aide aux enfants souffrant de troubles d’apprentissage et un programme de mesures correctives par étapes. La qualité de ce programme varie d’une commission scolaire à l’autre, voire d’une école à l’autre. Insistez pour connaitre la nature de ces mesures. Cependant, ces dernières ont beaucoup diminué à cause des restrictions budgétaires imposées par le gouvernement.
  • Il est important de faire passer à l’enfant un examen médical complet. Un examen de la vue et de l’ouïe est essentiel.
  • Si l’école propose une évaluation du problème de l’enfant et des séances de rééducation orthopédagogiques, vous avez tout intérêt à les accepter. En effet, l’orthopédagogue est formé pour évaluer la situation et aider l’enfant. N’hésitez pas à collaborer avec ce spécialiste qui peut vous expliquer la nature des difficultés de l’enfant et vous suggérer des exercices complémentaires aux séances de rééducation à faire à la maison.
  • Le psychologue scolaire peut vous aider à mieux comprendre votre enfant, ses capacités intellectuelles, son fonctionnement perceptuel et ses ressources affectives. Insistez pour obtenir des explications claires sur l’évaluation et les recommandations qui en découlent.
  • Il est important que vous vous intéressiez à chaque étape du processus d’aide. Ainsi, si on procède à l’étude du cas de l’enfant, demandez d’y assister. Il est essentiel de garder un esprit ouvert et d’être prêt à collaborer.
  • Si la situation ne s’améliore pas, en concertation avec le personnel scolaire concerné, demandez une évaluation neurologique ou en neuropsychologie. Grâce à cet avis complémentaire, le programme d’aide pourra être réajusté.
  • Durant tout ce processus de rééducation, l’enfant a besoin de soutien et de réconfort. Il est important qu’il se sente aimé pour ce qu’il est, non pas uniquement pour ce qu’il fait. Il a besoin de se sentir valorisé dans divers domaines : les activités parascolaires sont tout indiquées.
  • N’hésitez pas à informer l’enfant des démarches entreprises pour l’aider. Pour que l’espoir renaisse en lui, il a besoin de votre complicité et de votre compréhension.

Germain Duclos
Psychoéducateur et orthopédagogue

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