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Comment augmenter le sentiment d’appartenance de mon enfant face à son école?

Comment augmenter le sentiment d’appartenance de mon enfant face à son école?

Après les heures de classe, un groupe de garçons âgés de sept à dix ans jouent au hockey dans la rue en face de chez moi. Ils répètent chaque fois le même rituel : ils installent les filets, toujours à la même distance, forment des équipes et déterminent les règles du jeu. Jérémie semble être le leader du groupe. Avec charme et autorité, il fait appliquer les règles et résout les différends. Les enfants jouent avec ardeur et passion, comme si le destin de l’humanité en dépendait. De l’extérieur, leurs stratégies de jeu semblent désordonnées ou erratiques, mais la partie se déroule sans trop d’anicroches, selon une logique qu’ils comprennent entre eux.

Les jeux spontanés entre enfants constituent une précieuse source d’apprentissage, mais ils sont beaucoup moins fréquents qu’autrefois. En effet, les enfants d’aujourd’hui passent beaucoup de temps dans des groupes organisés par les adultes (services de garde, écoles, activités parascolaires, etc.). De plus, ils ont des horaires si chargés que les initiatives, la libre créativité et les jeux spontanés n’occupent plus une place suffisante dans leur vie. La famille d’aujourd’hui, plus petite qu’avant, ne peut répondre seule aux besoins de socialisation des enfants; ceux-­ci vivent donc de plus en plus dans les milieux extra-­familiaux qui sont souvent trop structurés.

L’être humain est naturellement social et grégaire. L’adhésion à un groupe revêt d’une grande importance et comble un besoin inné de socialiser. L’école est un lieu privilégié de socialisation. Par la fréquentation scolaire, l’enfant se libère progressivement de sa dépendance affective à l’égard de ses parents et tisse des relations amicales en dehors de sa famille. Il développe avec ses pairs une nouvelle identité. Il n’est plus aimé gratuitement et inconditionnellement, comme c’est le cas avec ses parents. Il doit apprendre à se faire aimer et à aimer les autres. Il découvre les règles et les valeurs de la vie en groupe, qui sont différentes de celles de sa famille, et comprend l’importance de les respecter pour se faire accepter.

Avec la fréquentation scolaire, on assiste à un certain déclin de l’influence parentale. L’autorité des enseignants amoindrit celle des parents et nuance l’identification aux parents, qui étaient idéalisés. Ayant acquis la pensée opératoire et le raisonnement logique, l’enfant devient plus ouvert aux apprentissages scolaires et sociaux. Le fait de coopérer dans un groupe est essentiel pour l’avenir de l’enfant; les premières relations qu’il tisse avec ses camarades modèlent celles qu’il vivra au fil des années.

Ces relations sociales ont souvent plus d’importance pour l’enfant que les matières enseignées en classe.

L’importance du groupe

On reconnait trop peu l’importance des interactions avec les camarades comme base du développement intellectuel et, surtout, de l’éclatement de l’égocentrisme de l’enfant. Avant six ou sept ans, il est normal que l’enfant soit centré d’abord sur ses besoins immédiats, sur ses idées et sur ses opinions, et qu’il ne considère pas les points de vue des autres. En général, les jeunes enfants jouent les uns à côté des autres, mais rarement ensemble et dans un but commun. On assiste alors à des co-­opérations, c’est-­à-­dire à des opérations ludiques parallèles. Chacune joue individuellement, sans grand souci de partage et de véritable coopération.

Vers l’âge de sept ans, avec l’avènement de la pensée logique et l’acquisition de la structure mentale de réciprocité, l’égocentrisme éclate et l’enfant a accès à la réciprocité des points de vue, base de la conscience sociale et de l’empathie. N’étant plus uniquement centré sur la satisfaction de ses désirs, l’enfant découvre les sentiments, les opinions et les points de vue de l’autre. Grâce à cette nouvelle capacité intellectuelle, une véritable coopération devient possible. Son raisonnement évolue grâce aux relations qu’il établit avec ses camarades dans un groupe, et grâce aux échanges d’idées et d’opinions. L’enfant modifie ses désirs et son point de vue, et les adapte à ceux des autres, dans un climat de réciprocité.

L’interaction avec les adultes ne permet pas toujours cela puisqu’elle favorise davantage la soumission et l’obéissance.

Grâce au groupe, l’enfant peut nouer des relations tout en développant un sentiment d’appartenance. Il peut saisir les relations logiques et causales entre ses actions et les conséquences sur la vie de groupe. Il devient capable d’ajuster ses contributions personnelles en fonction d’un objectif collectif; il en arrive donc à développer une conscience sociale.

La conscience sociale

La conscience sociale est essentiellement la capacité de décoder et d’interpréter les comportements des autres. L’enfant doit se dégager graduellement de son égocentrisme pour acquérir cette habileté. En effet, il doit se décentrer de lui-­même pour être capable de prendre conscience de la présence des autres et apprendre à décoder les signaux que sont les attitudes, les gestes et les paroles de ses camarades afin d’adapter son comportement à la réalité sociale.

Certains enfants, rejetés ou dominateurs, sont difficilement acceptés par leurs compagnons justement à cause de leur difficulté à se décentrer d’eux­‐mêmes et à tenir compte des sentiments, des idées et des opinions de leurs camarades. Ces enfants n’ont pas appris à répéter les comportements approuvés par leurs pairs (sourires, gentillesse, partage, coopération et générosité) et à inhiber ceux qui sont désapprouvés (agressivité, refus de partage, domination, recherche d’attention pour soi). Trop d’enfants manifestent une difficulté persistance à tenir compte de leurs camarades et à adopter leurs comportements en fonction de la réalité sociale qui les entoure. Faisant preuve de peu de conscience sociale, ils sont souvent rejetés par leurs camarades.

L’estime de soi sociale

La conscience de la valeur qu’un enfant s’attribue sur le plan social se développe par la socialisation et se concrétise par l’appartenance à un groupe d’enfant. L’enfant doit en venir à se considérer comme important aux yeux des autres et à voir les autres comme étant importants à ses yeux afin d’avoir une bonne estime de soi sociale.

Les enfants exercent les uns sur les autres une influence que les adultes n’ont pas entre eux. Dans ses relations avec ses camarades, l’enfant expérimente des rôles de dominance, de partage et de coopération, il apprend à assumer des responsabilités pour le groupe et, grâce aux réactions et aux jugements de ses camarades à son égard, il en vient à évaluer ses forces et ses difficultés de façon réaliste. Il apprend à se comparer aux autres. Le jugement qu’il porte sur ses qualités et ses capacités personnelles est intimement lié aux comparaisons qu’il établit avec les enfants de son groupe. Il compare ce qu’il réussit avec ce que les autres réussissent, et il en arrive à se représenter ses capacités de façon à nourrir ou à amoindrir son estime de soi. Ainsi, l’image que l’enfant se fait de lui-­même est très influencée par la façon dont il est jugé par ses compagnons; d’où l’importance de l’aider à coopérer et à socialiser.

Comment se construisent les amitiés et les groupes d’enfants?

Avant la fréquentation scolaire, le jeune enfant se choisit un compagnon de jeu qui a les mêmes intérêts que lui pour des activités précises. C’est cet intérêt qui détermine ses choix, et non pas l’identité de son compagnon. L’enfant change d’ailleurs de partenaire selon l’activité qu’il participe. Ce partenariat est la forme d’amitié la plus instable et la plus superficielle; il est à noter que des adultes vivent parfois ce type de relations sociales.

Entre six et douze ans, l’enfant devient plus soucieux de se faire accepter de l’autre en tant que personne unique, surtout par un enfant du même sexe. Il prend conscience de l’importance de respecter les règles du groupe et surtout d’éviter de provoquer le rejet des autres. L’enfant devient plus sélectif dans ses choix, particulièrement dans ses amitiés. À cet âge, les amis intimes se forment surtout par dyades. Le choix d’un ami se fait sur la base de caractéristiques individuelles (accueillant, gentil, fiable, serviable, drôle, etc.) qui sont valorisées de part et d’autre. L’ami intime est souvent le confident, celui qui partage préoccupations et secrets.

Les amis intimes s’aident mutuellement, ils ont du plaisir à être ensemble et ils élaborent parfois des projets communs. Toutefois, ce type d’amitié n’est pas très fréquent.

Filles et garçons ont tendance à se lier plus spontanément avec des jeunes du même sexe. Cette ségrégation sexuelle est plus évidente entre sept et dix ans. Des recherches démontrent qu’il y a moins de solidarité et de cohésion dans les groupes de filles. Ceux-­ci sont généralement moins hiérarchisés et moins organisés que les groupes de garçons. Les filles sont plus portées à l’amitié intime, car elles valorisent davantage que les garçons les compétences relationnelles et les capacités de dialogue et d’empathie. Les garçons accordent beaucoup plus d’importance aux compétences techniques et à la compétition.

Dans les groupes d’enfants, il y a des amis sociaux qui ne sont pas des amis véritables. Ce type de relations amicales se limite à un partage d’activités communes. Ces amis sont souvent imposés par les adultes dans le cadre de groupes scolaires ou de loisir. Plus l’enfant participe à des activités avec les mêmes camarades, plus il a l’occasion de vivre une véritable amitié avec certains d’entre eux. Malheureusement, étant donné que les groupes sont constitués en fonction des activités scolaires et parascolaires, il y a un manque de stabilité et de continuité dans les relations sociales que l’enfant établit.

Même si la majorité des groupes sont imposés et structurés par les adultes, des sous-­groupes d’amis peuvent se développer spontanément. Les camarades deviennent pour l’enfant des modèles ou des repères qui lui servent à adapter son comportement, des sources de valorisation et d’estime de soi; le sentiment d’appartenance à un groupe d’amis devient un antidote au sentiment de solitude sociale.

Entre sept et douze ans, le groupe d’amis prolonge et complète les habiletés sociales que les parents ont transmises à leurs jeunes enfants. Chaque enfant doit apprendre à se faire une place au sein du groupe. Les adultes doivent soutenir cette insertion sociale en transmettant les valeurs de respect des différences, de résolution pacifique des conflits, de générosité et de coopération.

Dans ses relations sociales, l’enfant doit apprendre à s’adapter aux règles d’un groupe, à s’affirmer et à assumer des responsabilités pour son groupe d’appartenance et avec lui. Finalement, grâce à l’appui du groupe, l’enfant peut se dégager de son égocentrisme en développant une conscience sociale, en maîtrisant ses pulsions et en mettant ses habiletés particulières au service d’une collectivité.

L’école, un milieu de vie

Vous souvenez-­vous de vos années à l’école primaire? Si oui, il y a fort à parier que vos souvenirs sont surtout d’ordre social ou relationnel. Du moins, tous les adultes auxquels j’ai posé cette question ont répondu qu’ils se souviennent de tel ou tel camarade, d’événements importants comme des spectacles de fin d’année ou des expositions. Rares sont ceux qui se souviennent des contenus précis des programmes scolaires. Les bons moments nourris par des échanges humains chaleureux ont plus tendance à se conserver que les apprentissages purement didactiques. Et en général, plus les relations sont significatives avec les enseignants et les camarades, meilleur est le rendement scolaire.

Le sentiment d’appartenance à l’école est l’un des principaux facteurs préventifs de l’abandon scolaire. C’est aussi un besoin très important pour l’élève. Par exemple, si vous dites à votre enfant de neuf ans que vous comptez déménager et changer de quartier, il protestera de façon véhémente. Il affirmera d’emblée qu’il ne veut pas changer d’école ni perdre ses amis. Les enfants sont souvent plus conservateurs et attachés à leur milieu social que les adultes. Et ce phénomène est encore plus fort chez les adolescents.

Le sentiment d’appartenance à un milieu est intimement lié au développement de la socialisation. Au fur et à mesure que l’enfant grandit, les camarades prennent de plus en plus d’importance au détriment des parents et servent d’antidote au sentiment de solitude sociale. Ce dernier aspect est très important. En effet, malgré tous les moyens de communication dont nous disposons aujourd’hui, de nombreux spécialistes constatent que les jeunes souffrent plus qu’auparavant de solitude. On peut se sentir seul quand on ne se sent pas important aux yeux des autres. L’école est un instrument privilégié pour favoriser le développement de la socialisation chez les enfants et l’affirmation d’un sentiment d’appartenance à un milieu. Cette mission est aussi importante que la transmission de la connaissance.

Certaines écoles réussissent bien à créer un climat où il fait bon vivre. À preuve, les vives protestations des parents et de la population des quartiers et des villages lorsqu’on envisage de fermer leur école. On leur arrache alors quelque chose qui est essentiel à leur réseau social.

Des indices révélateurs

Comment se manifeste le sentiment d’appartenance de l’élève à son école?

  • Le premier indice est un sentiment de bien-­être et de détente que l’élève ressent face à l’école. L’enfant a hâte d’y aller et, en général, ce n’est pas pour les cours, mais pour ses camarades et pour les adultes qui sont là et qu’il aime. Il sent qu’il fait partie d’un groupe social. L’important, ce n’est pas tant le nombre d’enfants qui composent le groupe que la fréquence et la qualité des relations de connivence qui existent entre
    eux.

  • L’élève ressent de la fierté à son école. Il en parle souvent et il en vante les mérites. Gare à celui qui ose dénigrer son école!

  • Il se sent responsable et utile face aux autres. L’enfant a la conviction qu’il joue un rôle important au sein du groupe par ses attitudes et sa contribution personnelle. Ce sentiment augmente son estime de lui-­même.

  • Il se sent solidaire des autres. Il est prêt à épauler ses compagnons lorsque le groupe fait face à une difficulté.

  • Il participe activement aux activités, aux projets et aux décisions de son groupe d’amis. Il se sent ainsi valorisé.

  • Il respecte l’ameublement et le matériel mis à la disposition de l’ensemble du groupe.

D’une discipline répressive à une discipline incitative

Le sentiment d’appartenance se construit au fur et à mesure que l’enfant tisse des relations positives et significatives avec ses compagnons et les adultes. L’enfant se sent respecté quand les intervenants scolaires lui reconnaissent des qualités et des forces. Il peut ressentir un sentiment de confiance, de bien-­être et d’appartenance à son école quand celle-­ci prône une discipline  incitative.

Or, la grande majorité de nos écoles, publiques ou privées, sont surtout répressives. En effet, dans la majorité des écoles, ce sont malheureusement les comportements dérangeants ou ceux qui sont jugés négativement qui attirent l’attention et auxquels les adultes consacrent temps et énergie. J’ai constaté le même phénomène dans la majorité des familles que j’ai connues. Ainsi, on consacre beaucoup d’énergie à réprimer des comportements jugés négativement et on accorde peu d’importance aux actions positives ou aux conduites adaptées.

Ce phénomène génère souvent un climat de méfiance et d’hypocrisie. En effet, les élèves découvrent rapidement que le meilleur moyen d’attirer l’attention des adultes est de s’opposer aux règles établies ou de les transgresser.

Une conception d’éducation

Depuis plusieurs générations, l’éducation des enfants met trop l’accent sur les manques, sur les lacunes et sur les fautes. Tout parent a un projet éducatif pour son enfant, consciemment ou non. Je demande parfois aux parents de décrire la manière dont ils voient leur enfant dans vingt ans. Ils expriment d’abord leur désir qu’il soit heureux pour ensuite décrire leurs attentes ou leurs espérances. Ils ont tendance à encourager certains apprentissages et comportements, et à réprimer ceux qui ont à l’encontre de leurs propres espérances. Cette situation, somme toute assez normale, comporte quand même le risque que les parents cherchent à faire disparaître les comportements qu’eux jugent négativement.

L’éducation des enfants ne se limite pas à une simple transmission d’habiletés et de connaissances. Elle doit surtout satisfaire les besoins de développement et transmettre des valeurs humaines, altruistes et morales. Tout enfant a besoin d’amour, de stimulation et de sécurité pour être capable d’apprendre et pour conquérir son autonomie. Il a aussi besoin de fermeté pour arriver à percevoir ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas dans ses gestes et dans ses paroles en rapport avec les valeurs de son milieu. Cependant, ces valeurs seront beaucoup mieux intégrées si on encourage les comportements qui vont dans le sens des valeurs qu’on veut transmettre au lieu de simplement réprimer les comportements déviants.

Une discipline constructive doit s’inspirer d’une philosophie éducative et d’un climat qui accorde autant d’importance aux comportements positifs qu’à ceux qui dévient des valeurs et des règles. Il est essentiel qu’il y ait concertation entre les parents, la direction de l’école et les enseignants pour faire le virage vers une discipline de ce type. Cela peut se réaliser en respectant trois grands principes dans l’application du code de vie de l’école. Ces trois principes sont décrits dans la loi des trois « R ».

La loi des trois « R »

Récompenses : Il est important de souligner concrètement les comportements positifs, trop souvent passés sous silence. Bien des élèves posent quotidiennement des gestes positifs ou font preuve d’un comportement adapté, sans qu’on leur accorde suffisamment d’attention. Pour développer l’estime de soi, il est souhaitable qu’on confirme les gestes positifs des élèves par des récompenses ou des privilèges afin que ces élèves servent de modèles à ceux qui ont plus de difficulté à s’adapter.

Réparations : Par ce principe, on incite l’élève à réparer ses paroles ou ses gestes négatifs par des conséquences logiques. L’effort de réparation doit être au moins aussi grand que celui qui a été fourni dans l’écart de conduite. On amène ainsi l’élève à interagir avec les autres ou avec l’environnement sur un mode autre que négatif. À la suite de la réparation, il est important que l’adulte souligne à l’enfant la première action positive qu’il pose, pour le confirmer dans sa valeur.

Rachats : Beaucoup d’écoles s’inspirent du code de sécurité routière (les points d’inaptitude) dans l’application du code de vie. Par exemple, au début de chaque étape du calendrier scolaire, chaque élève a 25 points en banque. Selon l’importance des transgressions des règles du code de vie, il perd un ou plusieurs points. Seuls les élèves qui n’ont perdu qu’un petit nombre de points peuvent participer à une activité récompense, par exemple assister à un spectacle. Malheureusement, certains élèves, après une ou deux semaines, ont déjà perdu tant de points qu’ils ne peuvent déjà plus espérer voir le spectacle. Ils constatent rapidement qu’ils n’ont plus rien à perdre et leurs comportements déviants augmentent alors facilement.

Tout en étant incitatif, le rachat est le seul moyen d’améliorer la situation de cet élève qui peut donc racheter des points perdus en s’engageant à ne pas transgresser un certain nombre de règles pendant une période déterminée. Dans cette situation, on peut penser que l’élève manipule le milieu par son attitude conformiste, et cela uniquement pour racheter des points. Mais le plus important, ce sont les comportements positifs que suscite le rachat et qu’on souligne. De plus, l’élève peut ainsi faire la preuve, à soi et aux autres, qu’il est capable d’un comportement adapté.

Rachat veut dire pardon. Peut-­on pardonner à un élève? Peut-­on lui donner une seconde chance? Peut-­on miser sur ses forces ou son potentiel d’adaptation? Il me semble que tout élève a droit à l’erreur. On accepte plus facilement l’erreur dans l’apprentissage que dans le comportement. Si on ne parvient pas à pardonner aux enseignants. Quand cet élève sera parent, il ne pourra pas excuser les maladresses des enseignants, car ses frustrations du passé seront réactivées et projetées sur l’enseignant de son enfant. Il rejouera son conflit d’antan. C’est ce que je constate malheureusement chez des parents qui ont une agressivité démesurée face aux intervenants scolaires. Pour autant, pardonner ne veut pas dire oublier. En effet, si un élève manifeste des difficultés persistantes dans son comportement, malgré les rachats dont il a pu profiter, il est essentiel qu’on l’aide à s’adapter par un plan d’intervention personnalisé.

Le passage d’une discipline répressive à un climat incitatif doit se faire à partir de notre conception de l’éducation, et de notre croyance aux forces vives et à la faculté d’adaptation de l’enfant. Ce dernier est-­il foncièrement méchant et faut-­il réprimer ses bas instincts? Ou, au contraire, l’enfant est-­il en apprentissage, en devenir, et a besoin que nous lui transmettions des valeurs de façon positive, tout en le sécurisant par des règles de conduite? Ce sont ces questions que les parents, la direction et les enseignants doivent se poser ensemble pour donner un sens au projet éducatif et au code de vie de l’école. C’est cela qui favorise un sentiment d’appartenance.

D’autres manières de favoriser le sentiment d’appartenance à l’école

Voici d’autres caractéristiques observées dans les écoles qui savent créer chez les élèves et leurs parents un fort sentiment d’appartenance.

  • La direction de l’école doit exercer un leadership réellement démocratique, non seulement avec les enseignants, mais aussi avec les élèves et les parents.

  • Plus la population d’élèves est difficile et hétérogène, plus il est important que la direction et les enseignants forment une équipe solide et cohérente. On ne peut pas transmettre aux autres ce qu’on ne vit pas soi-­même.

  • Les intervenants scolaires doivent bien comprendre la dynamique du quartier dans lequel se situe leur école et, surtout, savoir ce que les élèves vivent en dehors de l’école.

  • Dans cette perspective, ils doivent avoir des échanges réguliers avec les organismes et les institutions du quartier, avec les intervenants communautaires, les autorités civiles et religieuses, etc. Il est important qu’ils connaissent l’histoire et les caractéristiques démographiques du quartier.

  • L’école doit élaborer et appliquer un projet éducatif en harmonie avec les valeurs et les attentes exprimées par les enseignants et les parents.

  • Ce projet éducatif doit prendre la forme d’un processus dynamique, souple et ouvert. Il est important qu’il y ait des échanges réguliers entre les enseignants et les parents pour réajuster ou améliorer ce projet. Les parents et les élèves doivent s’y reconnaître d’une année à l’autre.

  • Il est essentiel que les parents et les élèves soient accueillis chaleureusement à l’école. Les enseignants sont aimés d’abord pour ce qu’ils sont sur le plan humain, avant d’être appréciés comme professionnels.

  • On ne peut songer à créer un sentiment d’appartenance envers l’école si on n’élabore pas des projets collectifs concrets qui favorisent la participation active de tout le monde. Cela peut prendre la forme d’un gala, d’une pièce de théâtre, d’une campagne d’aide à un pays défavorisé, d’une exposition, etc. La conception et l’organisation du projet doivent être réalisées après avoir consulté l’ensemble des participants.

  • L’école doit offrir une diversité de loisirs et d’activités parascolaires dont les enfants peuvent profiter. Ainsi, l’école ne sera plus perçue uniquement comme une institution d’enseignement, mais plutôt comme un milieu de vie et un prolongement de la famille.

  • Il est important que les parents sentent que l’équipe-­école a leur bien-­être et celui de leurs enfants à cœur et qu’elle est liée à eux, et non pas uniquement avec les administrateurs de la commission scolaire.

Soulignons, enfin, que le fait de créer un sentiment d’appartenance à l’école suppose aussi qu’on accepte les différences et que, par exemple, on s’occupe d’intégrer les enfants et les parents d’ethnies différentes. L’école doit être ouverte à la diversité des richesses de l’humanité.

Germain Duclos
Psychoéducateur et orthopédagogue
Auteur aux Éditions CHU Sainte-Justine
Source : Guider mon enfant dans sa vie scolaire

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