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La motivation scolaire de mon enfant

La motivation scolaire de mon enfant

Sébastien, neuf ans, s’adonne à plusieurs sports et ne présente aucun problème de comportement. Il est constant dans ses amitiés et aimé de son entourage. Pourtant, il n’est pas très bon à l’école. Comme ses parents ne mettent pas en doute ses capacités intellectuelles, ils croient que leur fils est paresseux. En effet, lorsqu’arrive l’heure des devoirs et des leçons, Sébastien bâille, se frotte les yeux, s’amuse de petits riens, se couche sur sa table de travail.

Le cas de Sébastien est loin d’être unique. Comme des milliers de jeunes, cet enfant s’intéresse peu aux activités intellectuelles et scolaires. Or, la motivation est l’un des facteurs les plus importants de la réussite scolaire ; c’est le moteur de l’apprentissage. La motivation s’avère aussi importante que l’intelligence, l’adaptation au milieu et la méthode de travail.

Qu’est-ce que la motivation?

La motivation, c’est l’ensemble des forces qui poussent l’individu à agir. Elle réunit le désir et la volonté, et se présente sous deux formes: la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque.

La motivation intrinsèque

Ce type de motivation se manifeste avant même que le petit entre à l’école. La majorité des enfants de quatre ou cinq ans ont très hâte d’aller en classe pour apprendre à lire et avoir accès au monde des adultes et à leurs secrets. Chez l’enfant du primaire, la motivation intrinsèque peut être comparée à la faim. On ne peut forcer un enfant à avoir de l’appétit. Tout au plus peut-on varier son menu et lui présenter de bons petits plats pour l’inciter à manger. De la même manière, les adultes ne peuvent forcer un enfant à avoir le goût d’apprendre. Ils peuvent l’encourager à le faire, mais l’apprentissage suppose toujours un choix, conscient ou non, appuyé sur la motivation.

L’intérêt pour les matières scolaires dépend en grande partie des valeurs véhiculées par le milieu familial. Si les parents lisent rarement, n’ont aucune vie intellectuelle et s’intéressent peu aux activités scolaires de leur rejeton, ce dernier risque fort d’en faire autant.

Souvent, la motivation dépend aussi de la qualité de la relation qu’entretiennent l’enfant et son enseignant. Quand il y a une connivence entre les deux, et quand la relation est enrichissante, l’élève adopte les valeurs auxquelles son enseignant accorde de l’importance. Rappelons aussi que même si la motivation ne provoque pas toujours de bons résultats scolaires, elle invite toujours à l’effort. C’est pourquoi nous affirmons qu’il n’y a pas d’élèves paresseux, mais des élèves non motivés.

De plus, l’enseignement individualisé incite les jeunes à apprendre. Avec cette approche pédagogique, les jeunes peuvent aller à leur rythme et relever des défis qui sont à la mesure de leurs intérêts et de leurs aptitudes. On a remarqué que la curiosité intellectuelle, l’une des composantes de la motivation scolaire, est beaucoup plus vive chez les élèves qui bénéficient d’un enseignement individualisé.

La motivation extrinsèque

La motivation extrinsèque dépend, quant à elle, de stimuli extérieurs. On peut recourir à différents moyens pour motiver un enfant (récompenses, promesses, menaces, punitions, etc.) : c’est la pédagogie de la carotte et du bâton. Dans la majorité des cas, les élèves réagissent à ces moyens, mais ils finissent par s’en lasser ou par se révolter. De plus, la motivation diminue très souvent dès que l’on abandonne ces stimuli. Les notes constituent certes de bons moyens pour motiver les jeunes, mais des études ont démontré que, pour que l’enfant ait envie d’apprendre, le plaisir de le faire est une meilleure garantie que n’importe quelle course aux résultats.

Nombre de jeunes ont des difficultés d’apprentissage à l’école. Pour chacun d’eux, on peut se poser la question suivante: a-t-il des difficultés scolaires parce qu’il n’est pas motivé ou manque-t-il de motivation parce qu’il a des difficultés scolaires? Dans le premier cas, on parle d’un problème de motivation primaire et dans le deuxième cas, d’une difficulté de motivation secondaire. Il faut bien évaluer la nature du problème avant de déterminer de quel type de motivation l’enfant manque.

Par contre, certains chercheurs préconisent une toute autre approche face au problème de la motivation. Il s’agit de la «pédagogie du succès», une approche pédagogique systématique qui stimule les élèves à réussir à l’école et à découvrir leur motivation.

En voici les grands points :

  • Les élèves doivent savoir clairement ce qu’ils ont à apprendre.
  • Les choses doivent être enseignées dans l’ordre et progressivement.
  • Les élèves doivent pouvoir progresser à leur rythme.
  • La matière doit être programmée avec précision.

Selon les défenseurs de cette approche, si les programmes scolaires sont bien élaborés et si l’enfant travaille à son rythme, le manque de motivation disparaît.

À maintes reprises, nous avons constaté à quel point la motivation scolaire est intimement liée à l’estime de soi. Quand l’enfant obtient de bons résultats, il s’estime mieux — ainsi que son entourage — et il est toujours plus motivé à apprendre.

Les degrés de motivation scolaire

Il existe six niveaux de motivation scolaire :

  1. Dans de rares cas, l’enfant ne s’intéresse pas du tout aux activités intellectuelles et scolaires. Chez certains enfants, ce manque de motivation se manifeste avant même qu’ils fréquentent l’école.
  2. L’enfant participe aux activités scolaires parce qu’il y a récompense ou punition à l’horizon. La motivation est alors uniquement extrinsèque. Il suffit d’enlever récompenses et punitions pour que la motivation s’évanouisse.
  3. L’enfant participe aux activités scolaires par conformisme. Ce type d’élève ne pose pas de questions. Il ou elle se rend à l’école, et accepte de participer aux différentes activités uniquement parce que ses frères, ses sœurs et ses compagnons le font ou parce que les adultes le lui demandent.
  4. L’enfant participe aux activités scolaires à cause de sa relation enrichissante avec son enseignant.
  5. L’enfant participe aux activités scolaires pour les résultats concrets qui découlent de ces activités. Plus un enfant est jeune, plus il veut obtenir des résultats concrets à la suite de ses efforts : une page bien écrite, un beau dessin, etc.
  6. L’enfant participe aux activités scolaires parce qu’il a du plaisir à maîtriser les stratégies et les moyens utilisés lors de ces activités, et qu’il s’y sent compétent. C’est le niveau de motivation le plus élevé, purement intrinsèque, que bien des adultes n’atteignent jamais.

La motivation ne s’impose pas

Il m’apparaît important de souligner que je n’ai jamais rencontré d’enfants paresseux, mais très souvent des enfants non motivés. La motivation est le moteur de l’autonomie. Celle-ci ne s’impose pas, mais elle peut être alimentée et cultivée, surtout à la maison, à l’heure des devoirs et des leçons.

L’enfant doit comprendre le sens des travaux scolaires pour accepter de prendre ses responsabilités. Quand il rechigne à faire son travail, c’est souvent parce qu’il n’en perçoit pas le sens. Il voit ses devoirs à faire comme des exigences imposées par les adultes, comme une source de frustration. Il peut protester verbalement ou faire de la résistance passive. Généralement, au cours de ses premières années d’école, l’enfant accepte volontiers les devoirs à la maison pour faire plaisir à ses parents et à son enseignant ou, simplement, par conformisme. Cependant, plus il vieillit et moins il accepte aveuglément les règles sans en comprendre le sens. Il lui faut comprendre ce que lui rapporteront ses efforts. Il doit surtout se rendre compte que ces activités sont susceptibles de satisfaire sa curiosité et son désir d’apprendre, du moins en partie. Il doit constater également que l’exercice de ses habiletés lui fait faire des progrès. Quand tel est le cas, le jeune se sent valorisé par ses activités scolaires. Il lui est ainsi plus facile d’être autonome et de faire des choix personnels.

Stimuler la motivation scolaire constitue la première tâche à laquelle doivent s’appliquer les parents et les enseignants. La prise en charge personnelle de l’élève peut être compromise si cette tâche n’est pas accomplie adéquatement.

Plaisir, estime de soi et motivation

L’enfant accepte de participer à une activité par conformisme et, surtout, parce qu’il s’attend à en retirer du plaisir.

Le plaisir constitue donc le mobile, l’énergie intrinsèque de la motivation. Le jeune qui participe à une activité pour faire comme les autres s’y engage moins personnellement. Il peut tout de même en retirer du plaisir si son attitude est appréciée et valorisée par son entourage.

Il est important de souligner que le plaisir est contagieux. Si l’adulte n’éprouve pas lui-même du plaisir au cours des activités qu’il partage avec l’enfant, il n’est pas surprenant de constater que ce dernier n’est pas particulièrement motivé.

L’estime de soi est également à la source de la motivation. Quand l’enfant n’a pas confiance en ses capacités, quand il doute de lui-même, il a de la difficulté à espérer du plaisir, donc à être motivé. L’estime de soi est essentielle pour acquérir des compétences intellectuelles et sociales. La fierté vient ensuite ; elle augmente le plaisir et la motivation pour faire d’autres activités semblables.

Voici les principales attitudes et moyens pour favoriser la motivation scolaire chez les enfants :

  1. S’interroger sur les valeurs à transmettre et sur l’exemple à donner. Il est difficile d’inciter un enfant à lire ou à écrire quand on n’attache pas d’importance à ces activités ou quand on ne les pratique pas.
  2. Évaluer ses propres motivations par rapport à un domaine ou à une matière scolaire dans laquelle l’enfant manifeste peu d’intérêt. La motivation a un caractère contagieux et il est souhaitable d’améliorer la sienne avant de penser à la transmettre à ses enfants.
  3. Stimuler la curiosité intellectuelle des enfants en échangeant avec eux sur divers sujets.
  4. Soutenir continuellement les enfants dans leur parcours scolaire, même durant leur cours secondaire.
  5. Reconnaître et souligner régulièrement leurs talents et leurs qualités, que ce soit à l’école, à la maison ou ailleurs.
  6. Éviter, au sujet de leur apprentissage à l’école, de porter des jugements de valeur ou de prononcer des mots qui peuvent blesser leur fierté.
  7. Les encourager régulièrement dans les efforts qu’ils fournissent.
  8. Les amener à anticiper le plaisir qu’ils retireront des activités qu’on leur propose et, en conséquence, s’assurer que le contenu de ces activités est stimulant.
  9. Apaiser la période des devoirs et des leçons lorsque celle-ci risque de se transformer en bataille rangée.
  10. Amener les enfants à voir l’utilité concrète, dans leur vie actuelle et future, des activités scolaires proposées.
  11. Les aider à faire des liens entre ce qu’ils ont déjà appris et ce qu’ils s’apprêtent à apprendre.
  12. Les encourager à attacher plus d’importance au processus d’apprentissage qu’aux résultats scolaires.
  13. Éviter le plus possible de leur faire vivre du stress de la performance.
  14. Les amener à se comparer à eux-mêmes plutôt qu’aux autres.
  15. Leur accorder le droit à l’erreur.
  16. Respecter le rythme d’apprentissage de chacun. Éviter de brusquer un enfant.
  17. Faire comprendre aux enfants que l’intelligence est une chose et que les résultats scolaires en sont une autre.

Votre enfant ne s’intéresse pas aux activités scolaires?

Bien sûr, il n’y a pas de recettes magiques pour motiver les enfants. Pourtant, certains moyens et certaines attitudes donnent un bon coup de pouce. Si votre enfant dit qu’il n’aime pas l’école, voire qu’il déteste telle ou telle matière, vous pouvez :

  • discuter calmement avec lui sans le culpabiliser et sans lui faire de semonces ;
  • lui demander de trouver les raisons pour lesquelles il est si peu motivé ;
  • lui faire préciser les éléments de la matière scolaire ou des activités qu’il n’aime pas ;
  • évaluer, en écoutant ses propos, la qualité de la relation qu’il a avec son enseignant ;
  • l’aider à trouver des moyens pour être plus motivé ;
  • si le contexte s’y prête, l’inciter à parler à son enseignant ;
  • avec l’accord de l’enfant, élaborer avec l’enseignant une stratégie de motivation et ensuite rendre compte à l’enfant de cet échange ;
  • si le problème persiste, consulter un spécialiste, avec l’accord de l’enfant.

Il est important de dire à l’enfant qu’il a le droit de ne pas aimer l’école ou une matière donnée, mais que son manque de motivation risque d’avoir des conséquences néfastes sur son rendement scolaire et sur l’estime qu’il a de lui-même. N’oubliez surtout pas que la motivation scolaire ne s’impose pas, elle se cultive.

Source : Duclos, Germain (2010) – « La motivation à l’école, un passeport pour l’avenir » aux Éditions CHU Sainte-Justine, 176 pages.

3 Commentaires

  1. Article très intéressant ! Il est important de faire la distinction entre la paresse et le manque de motivation. Merci pour le bel article Monsieur Duclos.

  2. Un article très intéressant sur la motivation scolaire. Les parents ont un rôle crucial à jouer dans la vie de leurs enfants en leur communiquant l’envie d’apprendre tout en maintenant leur curiosité. Merci M. Duclos de nous aider à faire la différence auprès de nos enfants.

  3. Quel article enrichissant! Vos propos m’ont longuement fait réfléchir à ma façon de gérer la période des devoirs. Il m’apparaît clair, en tant que parent, qu’il est primordial de prôner par l’exemple pour motiver nos enfants à persévérer. Cela dit, je considère que l’ensemble des acteurs œuvrant auprès de l’enfant en difficulté d’apprentissage doivent élaborer un plan d’action clair dans le cadre du plan d’intervention pour l’aider à être plus motivé. Par conséquent, la communication entre ces acteurs demeure le plus grand défi, c’est un art!

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